Un différend qui dépasse l’enjeu commercial

Le différend qui oppose Dimédia et Renaud-Bray doit se voir comme une opportunité pour le milieu du livre de défendre l’esprit de la loi 51 et de soutenir le professionnalisme qui s’est développé dans la chaîne du livre au Québec, grâce à elle.

Les librairies du Québec d’aujourd’hui se partagent entre des librairies indépendantes et deux grandes chaînes dont Renaud-Bray et Archambault. Toutes ces librairies ont pu voir le jour grâce à cette loi, même Renaud-Bray. Cette chaîne est devenue le géant que l’on connaît grâce d’abord à l’aide la SODEC qui lui a permis d’acheter une autre chaîne de librairies : Champigny. Plus tard, après le fiasco de l’ouverture d’une librairie à Toronto, la chaîne s’est mise sous la protection de la loi sur la faillite. C’est grâce aux distributeurs dont Dimédia faisait partie, que Renaud-Bray a pu signer une entente avec ses créanciers lui permettant de payer une fraction de ses factures. Ce sont ces mêmes distributeurs que Blaise Renaud voudrait voir disparaître aujourd’hui.

logodimediaEn tant que libraire je vous assure qu’au-delà des différends qui peuvent à l’occasion opposer les libraires aux distributeurs, leur existence est primordiale dans la chaîne du livre. Prenons l’exemple de Dimédia puisque c’est lui qui se trouve sur la sellette. Ce distributeur occupe une place de choix dans notre palmarès de compétence. Il maintient en stock la très grande majorité du catalogue des éditeurs qu’il représente, qu’ils soient québécois ou étrangers, son équipe de représentants est attentive et compétente. Notre représentant assigné comprend très bien la nature de notre librairie et nous propose des livres qui nous intéressent, et nous pouvons compter sur la collaboration de Dimédia pour enrichir notre fonds.

Au fil des années, tous les acteurs de la chaîne du livre se sont regroupés en association : distributeurs, éditeurs, auteurs et enfin libraires. Ils se sont regroupés pour défendre leurs intérêts auprès des instances politiques et se donner des espaces communs pour discuter des problèmes commerciaux les opposant entre eux, mais aussi pour bâtir les ponts entres ces organisations afin de défendre une position commune sur des enjeux qui les concernent tous, telle la réglementation nécessaire du prix du livre.

Tout cela nous montre bien que le milieu du livre au Québec a acquis une maturité et un professionnalisme qu’il faut saluer. Ce milieu reste pourtant fragile et il serait dommageable pour tous les intervenants de la chaîne, de l’écrivain au lecteur, qu’on laisse un acteur puissant comme Renaud-Bray édicter de nouvelles règles qui ne profiteront à personne d’autre que lui-même.

Mireille Frenette
Libraire-propriétaire de Zone Libre
Signataire de la lettre de soutien du milieu du livre envers Dimedia face aux positions de Renaud-Bray.