Archives de catégorie : Opinion

Manifeste pour une librairie indépendante

Qu’est-ce qu’une librairie indépendante ?

Une librairie indépendante est par définition une librairie qui n’appartient pas à une chaîne ou à un groupe d’entreprises. Mais dans la réalité, c’est bien plus que ça :

Une librairie indépendante c’est une librairie unique, qui a un caractère distinctif. Un lieu où l’on trouve un choix de livres qui affirme une identité propre. Un lieu de partage où les impératifs du commerce pourtant réels sont estompés par la force de la culture et de la connaissance qui s’affiche partout dans chaque rayon.

Qu’est-ce qu’une librairie de fonds ?

Une librairie de fonds est une librairie qui présente dans plusieurs domaines de la connaissance tout un éventail de livres où se côtoient des nouveautés et des ouvrages qui ont traversé l’épreuve du temps et que l’on considère comme des classiques.
Dans une librairie indépendante de fonds, les libraires œuvrent ensemble à nourrir cette identité et à proposer aux lecteurs une rencontre avec une sélection de livres qui forme un tout cohérent et orienté.

Zone Libre, une librairie engagée

La librairie Zone Libre est une librairie générale indépendante et de fonds. Depuis sa création, elle propose une sélection invitant à l’inclusion sociale et à la participation citoyenne. Dans chacun des rayons de la librairie, la sélection respecte cette identité et propose des classiques essentiels. Elle possède donc une sélection importante d’ouvrages en philosophie et en sciences humaines. En plus des rayons habituels de la librairie, elle possède des rayons plus spécifiques comme «Environnement», «Études féministes» et «Éthique animale et véganisme» qui nourrissent la réflexion autour des changements nécessaires. Elle accorde une place privilégiée à la production québécoise dans tous ses rayons.

Soutenir un réseau indépendant

Notre société a besoin d’un réseau indépendant de librairies. Les autrices, les auteurs, les maisons d’édition, les lectrices et les lecteurs ont tous besoin de lieux diversifiés pour se rencontrer.

C’est cette diversité qui permet à chaque lectrice et chaque lecteur d’être non seulement libres de lire ce qui les intéresse, mais de découvrir dans ces lieux différents, de nouveaux horizons. Grâce à elle, chaque communauté peut apprendre sur elle-même et se réinventer en s’abreuvant au savoir des autres.

Un différend qui dépasse l’enjeu commercial

Le différend qui oppose Dimédia et Renaud-Bray doit se voir comme une opportunité pour le milieu du livre de défendre l’esprit de la loi 51 et de soutenir le professionnalisme qui s’est développé dans la chaîne du livre au Québec, grâce à elle.

Les librairies du Québec d’aujourd’hui se partagent entre des librairies indépendantes et deux grandes chaînes dont Renaud-Bray et Archambault. Toutes ces librairies ont pu voir le jour grâce à cette loi, même Renaud-Bray. Cette chaîne est devenue le géant que l’on connaît grâce d’abord à l’aide la SODEC qui lui a permis d’acheter une autre chaîne de librairies : Champigny. Plus tard, après le fiasco de l’ouverture d’une librairie à Toronto, la chaîne s’est mise sous la protection de la loi sur la faillite. C’est grâce aux distributeurs dont Dimédia faisait partie, que Renaud-Bray a pu signer une entente avec ses créanciers lui permettant de payer une fraction de ses factures. Ce sont ces mêmes distributeurs que Blaise Renaud voudrait voir disparaître aujourd’hui.

logodimediaEn tant que libraire je vous assure qu’au-delà des différends qui peuvent à l’occasion opposer les libraires aux distributeurs, leur existence est primordiale dans la chaîne du livre. Prenons l’exemple de Dimédia puisque c’est lui qui se trouve sur la sellette. Ce distributeur occupe une place de choix dans notre palmarès de compétence. Il maintient en stock la très grande majorité du catalogue des éditeurs qu’il représente, qu’ils soient québécois ou étrangers, son équipe de représentants est attentive et compétente. Notre représentant assigné comprend très bien la nature de notre librairie et nous propose des livres qui nous intéressent, et nous pouvons compter sur la collaboration de Dimédia pour enrichir notre fonds.

Au fil des années, tous les acteurs de la chaîne du livre se sont regroupés en association : distributeurs, éditeurs, auteurs et enfin libraires. Ils se sont regroupés pour défendre leurs intérêts auprès des instances politiques et se donner des espaces communs pour discuter des problèmes commerciaux les opposant entre eux, mais aussi pour bâtir les ponts entres ces organisations afin de défendre une position commune sur des enjeux qui les concernent tous, telle la réglementation nécessaire du prix du livre.

Tout cela nous montre bien que le milieu du livre au Québec a acquis une maturité et un professionnalisme qu’il faut saluer. Ce milieu reste pourtant fragile et il serait dommageable pour tous les intervenants de la chaîne, de l’écrivain au lecteur, qu’on laisse un acteur puissant comme Renaud-Bray édicter de nouvelles règles qui ne profiteront à personne d’autre que lui-même.

Mireille Frenette
Libraire-propriétaire de Zone Libre
Signataire de la lettre de soutien du milieu du livre envers Dimedia face aux positions de Renaud-Bray.