Archives de catégorie : Le fonds s’affiche!

Margaret Atwood

Comme Zone Libre est une librairie indépendante de fonds, nous avons envie de vous faire découvrir les livres classiques, et parfois moins classiques, que nous tenons en librairie! Dans « Le fonds s’affiche », les libraires vous présenteront à l’occasion les œuvres d’auteurs et d’autrices important.es, et plus particulièrement leurs ouvrages qui sont en librairie. Le tout sera agrémenté ici et là d’ «  entrées spéciales » portant sur des thèmes ou des sujets bien précis. Ainsi, nous vous invitons à nous suivre à travers la littérature de divers pays et de diverses époques, mais aussi à travers la philosophie, les études féministes, l’éthique animale, l’art, le cinéma, l’architecture, l’histoire et les sciences humaines!


Margaret Atwood est une romancière, poétesse et critique littéraire canadienne, née en Ontario en 1939. Elle est principalement connue pour son roman La Servante écarlate (1985), qui a été adapté avec succès en série télévisée en 2017. Atwood est aussi l’autrice de la trilogie « Le Dernier homme », composée des romans Le Dernier homme (2005), Le Temps du déluge (2012) et MaddAddam (2014), ainsi que de l’Œil-de-chat (1991), La Voleuse d’hommes (1994), Captive (1998) et La Femme comestible (2008). Elle a aussi écrit des nouvelles, des essais littéraires, de nombreux poèmes ainsi qu’un album jeunesse (Tout là-haut dans l’arbre en 2010).

La Servante écarlate, son œuvre-phare et certainement sa plus connue, est une dystopie, genre particulièrement prisé par la romancière dans ses œuvres ultérieures. L’action se situe dans une partie des États-Unis où un gouvernement intégriste emprisonne les femmes dans leurs rôles traditionnels; ainsi, il y a les Épouses, qui dominent l’espace domestique, les Marthas, qui sont les femmes assignées aux tâches ménagères et à l’entretien de la maison, et, pour finir, les Servantes écarlates qui sont des esclaves sexuelles vouées à la reproduction. L’héroïne (et narratrice) est l’une de ces servantes. Au fil du roman, June (rebaptisée Defred) se souvient de son histoire, de sa famille, de sa fille et de sa mère et ses souvenirs deviennent peu à peu sa seule raison de vivre, ce à quoi elle se raccroche pour ne pas sombrer dans le désespoir. Le roman a reçu en 1985 le prix du Gouverneur général du Canada, ainsi que le prix Arthur C. Clarke en 1987, récompensant le meilleur roman de science-fiction au Royaume-Uni. Il a aujourd’hui un regain de popularité, notamment grâce à la série télévisée américaine, mais aussi grâce à la conjoncture politique actuelle et la montée en force de l’intégrisme religieux qui rendent possible la réalisation d’une telle dérive idéologique.

Pour sa part, la trilogie Le Dernier homme, autre dystopie (que Margaret Atwood qualifie elle-même de « roman d’anticipation » plutôt que de roman de science-fiction), est beaucoup moins sombre dans son traitement que La Servante écarlate. Atwood y aborde, non sans humour, les possibilités d’un monde où la science et la technologie n’ont plus à s’embarrasser de questions éthiques, où le commerce est roi et la bourse fait office de loi, un monde où c’est la police privée des compagnies pharmaceutiques qui règne en maîtres absolus. Tout s’achète et se magasine : le sexe, les bébés, les écoles, la beauté et les médicaments. Une catastrophe délibérément provoquée entrainera au fil des trois romans les différents personnages (humains, humains créés en laboratoire et animaux transgéniques) à tenter de se partager ce nouveau monde. Tout comme dans La Servante écarlate, la religion catholique occupe ici une place importante. La religion des Jardiniers de Dieu annonce la catastrophe qui causera la fin du monde et prépare ses adeptes à y survivre.

Pour finir, contrairement aux romans abordés précédemment, Captive est un roman historique inspiré d’un fait divers célèbre qui a fasciné tout le Canada au 19e siècle : il s’agit du meurtre brutal de M. Kinnear et de sa femme de charge Nancy Montgomery par Grace Marks, âgée de 16 ans lors des événements, et James McDermott, tous deux employés au service de M. Kinnear. McDermott a été pendu pour le crime, alors que Grace Marks fut condamnée à l’emprisonnement à perpétuité. Dans Captive, Margaret Atwood cherche à explorer l’intériorité de Grace Marks et à la creuser pour apporter une explication alternative aux gestes de celle-ci et pour, en quelque sorte, la réhabiliter en tant que femme complexe. L’enjeu du roman consiste en grande partie, pour le Dr Jordan, à savoir si Grace est folle ou saine d’esprit et à lui faire raconter le meurtre. Celle-ci s’ouvre à lui, en entremêlant les vérités et les dissimulations, et lui raconte son histoire où s’inscrit en filigrane le récit de la violence, plus devinée que nommée (quoique très explicite par moments), qu’elle a subie tout au long de sa vie, notamment par son père, par les gardes de la prison et par son psychiatre lorsqu’elle fut internée. Atwood utilise une narration sophistiquée, qui multiplie les différents points de vue sur l’histoire : la narration principale s’effectue par Garce elle-même, qui nous donne ainsi accès à ses pensées, ses souvenirs et aux mensonges (ou plutôt, aux dissimulations) qu’elle raconte au Dr Jordan. D’autres passages ont davantage une forme épistolaire, où le Dr Jordan échange des lettres avec sa mère aux États-Unis, ainsi qu’avec plusieurs collègues qu’il consulte au sujet de Grace. Par moments, la narration est aussi externe et faite à la troisième personne. Or, dans ces cas-là, elle ne suit que le Dr Jordan et ne donne accès qu’à ses pensées (secrètes) et à ses perceptions personnelles. En exergue de chacun des chapitres sont très souvent glissés des articles de journaux de l’époque, des procès-verbaux, ou encore des gravures de Grace Marks et de James McDermott, permettant ainsi aux lecteurs et aux lectrices de voir les opinions (souvent contradictoires) au sujet de Grace entretenues par les journaux et la population.

En guise de conclusion, nous souhaitions, à travers ce (bref) survol de quelques unes des œuvres de Margaret Atwood, vous brosser un portrait de cette autrice canadienne importante qui tend à aborder des questions actuelles et à y réfléchir à travers ses fictions. De plus, avec le début des vacances pour plusieurs, c’est le moment idéal pour la découvrir ou la relire !

Pour voir tous les titres de cette autrice disponibles en librairie: http://www.zonelibre.ca/recherche/?r=margaret+atwood

Edgar Allan Poe, l’étrange beauté du mal

Comme Zone Libre est une librairie indépendante de fonds, nous avons envie de vous faire découvrir les livres classiques, et parfois moins classiques, que nous tenons en librairie! Dans « Le fonds s’affiche », les libraires vous présenteront le plus souvent possible les œuvres d’auteurs et d’autrices important.es, et plus particulièrement leurs ouvrages qui sont en librairie. Le tout sera agrémenté ici et là d’ «  entrées spéciales » portant sur des thèmes ou des sujets bien précis. Ainsi, nous vous invitons à nous suivre à travers la littérature de divers pays et de diverses époques, mais aussi à travers la philosophie, les études féministes, l’éthique animale, l’art, le cinéma, l’architecture, l’histoire et les sciences humaines!


Edgar Allan Poe (1809-1849) est un écrivain et critique américain connu dans les milieux francophones grâce à Charles Baudelaire qui, fasciné par son écriture et ses thèmes, en fit des traductions demeurées pertinentes encore aujourd’hui, quelque 150 ans plus tard. Ayant écrit principalement des nouvelles, Poe est aussi connu pour son célèbre poème Le Corbeau (1845), ainsi que pour son seul roman achevé, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym.

L’œuvre de Poe est principalement connue pour ses nouvelles policières, Le Double assassinat de la rue Morgue, Le Mystère de Marie Roget et La lettre volée, formant une trilogie. Ces nouvelles mettent en scène ce qu’on peut qualifier comme le premier détective de la littérature policière, Auguste Dupin. Avec ce personnage brillant, Poe tente de mettre à l’épreuve des méthodes singulières d’observation, d’analyse et de déduction, ainsi qu’une structure générale et tout à fait unique de l’intrigue, techniques qui seront reprises par la suite à travers presque toute la littérature policière.

Si les histoires dans Le Double assassinat de la rue Morgue et La lettre volée sont inventées de toutes pièces et que, dans ces conditions, Poe maîtrise tout à fait les dénouements de ses analyses (pouvant ainsi asservir la logique afin de lui faire servir la trame narrative de ses récits), il n’en est pas de même pour la nouvelle Le Mystère de Marie Roget. Cette fois, Poe s’est inspiré d’un fait divers bien réel et non résolu, celui du meurtre de Mary Cecilia Rogers, survenu à New York en 1841. N’étant pas sur les lieux à l’époque, Poe a dû éplucher toutes les coupures de journaux abordant l’affaire et y a appliqué sa méthode de déduction logique où il proposa une solution, évidemment inédite. Il a par la suite soumis son hypothèse aux journaux, qui l’ont rejetée, et l’énigme est restée irrésolue pendant plusieurs années. Ce n’est que lors de la résolution de l’affaire que l’on a pu constater que l’hypothèse de Poe était très près de la réalité!

La méthode de déduction d’Edgar Poe faisait notamment l’admiration de Dickens, qui avait dit que « cet homme était le diable! » après que Poe ait déduit, suite à la lecture des premiers chapitres d’un roman-feuilleton de Dickens, le dénouement de l’intrigue. Aussi, Sir Arthur Conan Doyle, l’auteur des Sherlock Holmes, s’en est beaucoup inspiré pour son héros bien connu, pour qui les méthodes d’observation et de déduction très fines constituent, en quelque sorte, la signature.

À part ces trois nouvelles, Poe a écrit quelques textes plus sombres, relevant davantage de l’horreur et fortement inspirés par des œuvres gothiques : Le Chat Noir, William Wilson (qui préfigure Le Double de Dostoïevski) ou encore La Chute de la Maison Usher mettent en scène des personnages angoissés, torturés ou encore portés vers le mal. Les descriptions singulièrement sordides des différents lieux participent du sentiment de terreur qui se dégage des nouvelles, où Poe décrit avec minutie, notamment dans de très beaux passages de William Wilson, le pensionnat où le narrateur a grandi, en dépeignant la bâtisse sombre, les arbres et l’atmosphère oppressante des lieux, ainsi que le sentiment de terreur partagé par tous les enfants en voyant une certaine porte épaisse et rouillée, traversée par de grosses chaines cadenassées…

Ainsi, Edgar Allan Poe, cet écrivain méthodique et sordide, a su travailler, à travers des nouvelles et des contes relativement hétéroclites, des questions et des thèmes qui ont marqué la littérature du XIXe siècle, parfois même au prix de voir son travail effacé au profit des œuvres qu’il a permis d’inspirer (qui se rappelle davantage d’Auguste Dupin que de Sherlock Holmes…?). Nous invitons donc tous les amoureux et amoureuses de romans policiers et/ou gothiques (et aussi tous les autres!) à découvrir cet auteur américain inquiétant et singulier!

Histoires extraordinaires
Poe, Edgar Allan
Gallimard
ISBN 9782070413591
8.95 $Disponible
Nouvelles histoires extraordinaires
Poe, Edgar Allan
Gallimard
ISBN 9782070338979
8.95 $Disponible
Histoires grotesques et sérieuses
Poe, Edgar Allan
Gallimard
ISBN 9782070370405
12.95 $Disponible
Poèmes
Poe, Edgar Allan
Gallimard
ISBN 9782070322237
16.95 $Disponible
Marginalia
Poe, Edgar Allan
Allia
ISBN 9791030404494
11.95 $Non-disponible